Quelle est l’origine véritable de notre cercle ? Son origine lointaine, nimbée dans un passé vague et ancien, a pourtant des racines connues et précises, même si  la réminiscence britannique dont il est porteur reste mystérieuse pour beaucoup d’entre nous. En effet, cette aura venue d’Angleterre et dont il se pare, non sans ostentation et élégance, ne remonte qu’au dix-neuvième siècle finissant. C'est en effet en 1880, que ses membres adopteront ce patronyme qui depuis n’a plus changé. C’est bien évidemment un clin d’œil au contexte politique, économique et industriel de l’époque. Depuis les débuts de l’Entente Cordiale, sous le règne de Louis-Philippe, expression consacrée par le ministre Guizot, les accords bilatéraux entre la France et l’Angleterre ne cesseront alors de se multiplier. Rouen et sa région, alors en pleine expansion économique avec le développement des filatures et du chemin de fer, sera redevable aux ingénieurs britanniques de leur savoir-faire.

Le chic anglais pénètre un peu partout et il est alors de bon ton d’adopter les us et coutumes de notre voisin, désormais notre allié. En effet, ce n’est pas par hasard que sera choisi le nom de « LLOYD ». Il fait référence à un cabaretier londonien, du nom d’Edouard Lloyd, qui vivait à la fin du XVIIème siècle.

Son établissement, réputé parmi les inscrits maritimes de l’époque, accueillait également différentes corporations alors très en vue au sein de la société londonienne, en raison de leur prestige économique et de leur influence. C'est ainsi qu’armateurs, assureurs et courtiers contribuèrent à asseoir sa renommée. Soucieux de la réputation de sa maison et surtout d’en maintenir la pérennité, Edouard Lloyd qui était un homme plein de ressources, à la fois pragmatique et visionnaire, aura l’idée, assurément ingénieuse, d’afficher au sein de son établissement les mouvements de l’ensemble des bateaux dans le port de Londres. Cela lui vaudra l’enthousiasme et l’adhésion  d’une clientèle pour laquelle il publiera, dans un premier temps, à l’intention des inscrits maritimes, les « LLOYD’S NEWS », gazette à usage professionnel et par la suite, à l’intention des assureurs, la « LLOYD’S LIST », précurseur du « Bottin » ou encore du « Who’sWho ». Rapidement, l’établissement devint un lieu de convivialité où se retrouvait une clientèle assidue et homogène,  partageant les mêmes intérêts économiques et financiers. C’est ainsi que l’endroit deviendra leur siège social attitré. Il finira par devenir leur Club, concept très britannique et significatif de la vie sociale de nos voisins Anglais. Le succès devait être tel que les assureurs eux-mêmes finirent par se constituer en société, prenant pour nom celui que leur avait légué le propriétaire des lieux. Elle devint internationalement connue sous le vocable de LLOYD’S Company.

Dans le contexte d’une vie économique florissante, elle devait constituer pour les Rouennais de la fin du dix-neuvième siècle le modèle d’une aspiration à suivre  afin d’asseoir une ambition pleinement légitime, celle de conférer à leur ville le rayonnement qu’elle méritait.